Cameroun : Un plan de « reconstruction » dans un climat de guerre

Cameroun - Plan de reconstruction

Au Cameroun, le gouvernement annonce un plan dit de « reconstruction » des Régions anglophones. Problème : Le climat de guerre qui prévaut dans les deux Régions. Une analyse de R. Maxwell Bone et Akem Kelvin Nkwain.

160 millions de dollars

Il y a quelques mois, le gouvernement camerounais avait annoncé un nouveau plan de «reconstruction» des deux régions anglophones du pays. Depuis 2017, cette zone est en proie à une guerre sanglante entre les forces de sécurité nationales et des groupes séparatistes armés.

La nouvelle initiative a été nommée « Plan présidentiel pour la reconstruction et le développement des régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest » (PPRD-NW / SW). Au total, il devrait coûter plus de 160 millions de dollars, dont le gouvernement a initialement annoncé qu’il contribuerait à 10%.

Cette stratégie a été élaborée en partenariat avec le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), qui l’a qualifiée de plan de «relèvement» plutôt que de «reconstruction».

Le PNUD a déclaré que le plan était urgent pour remédier aux vulnérabilités socio-économiques et qu’il avait été conçu en tenant compte des besoins économiques des deux régions anglophones.

L’organisation onusienne annonce utiliser des partenariats avec la société civile pour mettre en œuvre le programme. Elle a insisté sur le fait qu’il restera indépendant malgré le fait que le plan soit l’émanation d’un partenariat avec le gouvernement.

Depuis son annonce, le plan a été salué et critiqué tant au Cameroun qu’à l’étranger. Comment les différentes parties – le gouvernement, les séparatistes et la société civile – ont-elles réagi, et quels sont les avantages et les lacunes potentiels dudit plan?

Le gouvernement : Du symbolisme sans substance aucune

L’une des caractéristiques du plan est qu’il sera supervisé par des politiciens anglophones des deux régions anglophones du sud-ouest et du nord-ouest. L’initiative a été annoncée pour la première fois par le premier ministre Joseph Dion Ngute, originaire de la région du Sud-Ouest.

Il sera supervisé par un autre ministre délégué au ministère de l’Économie, Paul Tasong, originaire du Sud-Ouest. Et l’ adjoint de Tasong sera Donatus Njong, qui a été maire dans la région du Nord-Ouest pendant plusieurs décennies.

Le gouvernement a également annoncé que les deux premières phases du plan consisteront en des consultations avec les responsables locaux et la société civile des régions anglophones.

En juin, Tasong s’est rendu dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest sous haute sécurité et a rencontré un large éventail de parties prenantes. Lors de toutes ces réunions, il a demandé aux personnes présentes d’approuver publiquement le plan.

Les engagements de Tasong peuvent être perçus positivement, mais il convient de noter qu’ils se sont produits après l’annonce du plan. Cela suggère que les réunions étaient peut-être riches en symbolisme mais faibles en substance.

L’ont doit également noter que le gouvernement a présenté le plan de reconstruction comme un moyen de mettre fin à la crise anglophone, sans toutefois se prononcer sur la nécessité d’un processus politique.

Le gouvernement a raison d’identifier que les régions anglophones ont désespérément besoin d’une aide humanitaire et d’un soutien pour permettre aux citoyens de construire des moyens de subsistance mis en mal par le conflit.

Tasong est allé jusqu’à dire que le plan est une opportunité de «mieux reconstruire». Mais cette approche ne reconnaît pas qu’une grande partie de ce qui doit être reconstruit a été détruite par le gouvernement lui-même.

Les forces de sécurité ont incendié plus de 225 villages depuis le début de la crise et ont continué de le faire même après l’annonce du plan. Le 17 août, les forces gouvernementales ont rasé un village de la sous-division de Muyuka dans la région du sud-ouest.

Le 25 août, les militaires sont entrés dans plusieurs villages de Belo, dans la région du Nord-Ouest, pour démanteler un camp de militants sécessionnistes, et découvrir que les combattants étaient partis avant leur arrivée.

Les militaires sont restés dans la commune jusqu’au 30 août, incendiant des maisons et pillant des fournitures allant des machines à coudre aux pommes de terre récemment récoltées.

Le 1er septembre, les militaires ont pillé plusieurs quartiers de Bamenda, la capitale de la région du Nord-Ouest, en réponse au meurtre d’un policier.

La position des groupes séparatistes

Tous les segments du mouvement séparatiste ont jusqu’à présent été extrêmement critiques à l’égard de l’initiative gouvernementale. Ils ont tous dit qu’il ignorait les causes profondes du conflit et qu’ils s’opposaient à tout projet de reconstruction des deux régions sans solution politique à la guerre.

Cela étant dit, différentes factions séparatistes ont adopté des approches radicalement différentes à l’initiative – en particulier en ce qui concerne le rôle du PNUD.

Le « gouvernement » intérimaire de Sisiku AyukTabe, par exemple, a déclaré qu’un effort de reconstruction alors que la guerre se poursuivait était inutile. Il a cependant évité d’attaquer le PNUD et a souligné la valeur des travailleurs humanitaires.

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Le Conseil d’administration d' »Ambazonia », dirigé par Cho Ayaba, a exprimé des sentiments similaires mais a ouvertement critiqué le PNUD pour son partenariat avec le gouvernement camerounais, ce qui, selon lui, rendrait la résolution du conflit beaucoup plus difficile.

Entre-temps, le « gouvernement » intérimaire de Samuel Sako a publié une déclaration interdisant à tout le personnel du PNUD de se rendre dans les régions et a averti que leur sécurité ne pouvait être garantie.

Cette rhétorique a eu un impact sur le terrain. Dans les semaines qui ont suivi les déclarations, des travailleurs humanitaires ont été tués par des combattants séparatistes dans le nord-ouest et le sud-ouest.

Alors que tous les groupes séparatistes ont condamné les meurtres, de nombreux combattants opèrent sans commandement clair et auraient facilement pu agir en réponse aux condamnations des dirigeants sécessionnistes des organisations travaillant sur l’initiative de reconstruction.

La position de la Société civile

La société civile et les organisations religieuses ont largement soutenu le plan. Tout en reconnaissant que cela ne résoudra pas le conflit, ils espèrent que cela réduira certains des besoins humanitaires sur le terrain.

Des politiques, dont John Fru Ndi, ont également exprimé leur soutien au plan, affirmant que toute aide financière internationale offert pour aider des personnes dans les deux régions anglophones ne peut être rejetée.

En bref, de nombreuses parties neutres de la société civile ont soutenu l’idée d’une assistance accrue aux deux régions, mais insistent sur le fait qu’une solution politique est le seul moyen de mettre fin à la crise.

Le Plan de « reconstruction » n’est pas une solution viable au conflit

S’il est clair que les régions anglophones du Cameroun ont désespérément besoin d’aide humanitaire, toute initiative qui prétend reconstruire les deux régions sans solution politique au conflit ne sera pas durable.

Tant que le conflit se poursuivra, des vies et des moyens de subsistance continueront d’être détruits, ce qui ne fera qu’augmenter le besoin d’une telle assistance.

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MUNTUNEWS
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