Des médias chinois «de propagande» perdent de l’audience sur Twitter

des médias chinois perdent de l'audience sur TwitterJournaliste du média chinois CCTV couvrant en 2018 le sommet du G20 en Argentine - Image : G20 Argentinia, Flickr.com, CC BY 2.0

Selon un article du Neue Zürcher Zeitung,  Twitter étiquèterait depuis l’été 2020 plusieurs tweets des médias chinois « de propagande » (« Chinas Propaganda ») avec le label « China state-affiliated media ».

Le réseau social ne les recommanderait plus. Conséquence : les tweets de ces médias seraient moins lus, affirme le quotidien suisse en se référant à une nouvelle étude.

« Radio China International » et l’Institut Pasteur de Paris

En mai 2020, Radio China International, un média chinois, publie un article sur le Covid-19 avec pour titre : « Institut Pasteur : Covid-19 en France ne provient pas directement de Chine ».

Dans cet article, le média se réfère certes à une étude faite par l’Institut Pasteur de Paris. Mais dans une démarche manifestement propagandiste, il ne relaie que les éléments de l’étude de l’Institut Pasteur, qui confortent la position officielle du Parti Communiste Chinois. Des informations cruciales de cette étude sont cependant laissées de côté.

En effet, l’Institut Pasteur de Paris n’est pas arrivé à la conclusion que semble vouloir faire croire Radio China International. Les propos du centre de recherche français étaient plus différenciés, plus prudents, et moins triomphalistes que ceux du média chinois.

Dans leur publication, les chercheurs se limitent à constater que le principal foyer de contagion en France au cours des trois premiers mois de l’épidémie serait éventuellement le fait d’une personne qui n’avait ni voyagé, ni été en contact avec des voyageurs.

Ils en tirent la conclusion que le virus a dû se propager de façon inaperçue. Mais rigoureux et transparents dans leur démarche, les chercheurs relèveront aussi que cette conclusion ne pouvait pas être prise comme certaine et absolue, vue le peu de données à leur disposition.

Radio China International n’évoque pas ce fait dans son article, elle ne relève pas cette prudence et ces réserves dans la démarche des chercheurs français. Elle écrit plutôt entre autres : « Une étude génétique réalisée par des scientifiques français a révélé que l’épidémie de COVID-19 en France était causée par une souche circulant localement d’origine inconnue, plutôt que par des cas importés de Chine ou d’Italie. »

« China Media Project »

Mais ce genre de propagande et d’informations erronées sur le Covid-19 sont publiés sur les réseaux sociaux. Ils sont lues et partagées par des milliers d’internautes.

Face à cette situation, Twitter semble avoir adapter sa politique. C’est ce que met en évidence une nouvelle étude du « China Media Project », un programme de recherche indépendant, qui travaille en partenariat avec le Centre d’Études de Journalisme et de Médias de l’université de Hong Kong.

Selon « China Media Project », Twitter aurait modifié sa politique vis-à-vis des médias d’États, ainsi que des médiats ayant une proximité avec les cinq pays membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU : la Chine, la France, le Royaume Uni, la Russie et les États-Unis.

Les comptes de ces médias portent depuis lors le label « state-affiliated media » sur leurs pages de profil et dans leurs tweets.

Chute de l’audience

Les chercheurs du « China Media Project » ont particulièrement observé 33 comptes. 50 jours après le début des mesures de Twitter, affirme le Neue Zürcher Zeitung, les articles des trois médias ayant le plus grand nombre de followers sur Twitter (CGTN, Xinhua et People’s Daily) auraient eu environ 20% de « likes » ou de « retweets » en moins qu’au cours des 50 jours avant l’entrée en vigueur des mesures de Twitter. Les « likes » du journal « Global Times » auraient baissé de 31%.

CGTN est une télévision publique chinoise. Xinhua est l’agence de presse publique. People’s Daily est un organe de presse officiel du Comité central du Parti Communiste Chinois.

Des mécontents

« China Media Project » n’a pas pu établir un lien direct entre la nouvelle politique de Twitter et la chute de l’audience de ces médias. Mais les concernés semblent y voir la main du réseau social dernière leurs déboires.

L’un des mécontents les plus populaires, le provocateur Hu Xijin (rédacteur en chef du journal « Global Times »), ne manque pas de mettre Twitter en cause. Une semaine après l’adoption de la nouvelle politique, Hu écrit sur son compte Twitter :

« En plus d’étiqueter mon compte avec le label « China state-affiliated media », je ne sais pas ce que Twitter a fait pour empêcher mon compte de recevoir plus de 1000 nouveaux abonnés chaque jour. J’ai même commencé à voir plus de unfollows. Il semble que Twitter finira par étouffer mon compte. »

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